Un mur habité pour le Groupe Scolaire de la Biodiversité

Plus que tout autre équipement, une école est l’occasion de repenser la synergie entre les notions de poésie, d’éducation et de nature en utilisant des modes plastiques et spatiaux qui favorisent l’interaction entre le milieu naturel et un programme destiné à l’enfance. Située dans une ZAC dense à Boulogne-Billancourt sur les anciens terrains Renault, l’école des Sciences et de la Biodiversité traduit ces enjeux très spécifiques. Tout d’abord, l’accent est mis sur la fluidité des liaisons à la fois entre pleins et vides et entre différents niveaux topographiques. Les cours de récréation croisées proposent des espaces extérieurs qui se répondent et permettent des points de vue variés. Le rythme et la qualité des vues, les communications entre espaces intérieurs et extérieurs constituent un environnement fertile pour les jeunes usagers : l’école est à la fois maison, ville et paysage. Depuis la cour haute, un chemin souple et confortable permet de grimper jusqu’à la toiture végétalisée, conçue pour accueillir une réserve naturelle à 12 mètres du sol. Les accès y sont restreints afin de préserver un équilibre écologique nécessaire à l’évolution de la biodiversité.

Des blocs de béton préfabriqués forment une croûte épaisse et accidentée sur l’ensemble du bâtiment, qui augmente la probabilité d’un développement spontané. Les aspérités favorisent l’accroche de la végétation ; des creux et des replis sont plus spécifiquement destinés aux animaux. À travers sa fonction de support, l’édifice offre une enveloppe évolutive et vivante, avec l’incertitude d’une nature qui ne s’installe pas forcément là où on l’attend… Le temps devient ici une composante à part entière de l’architecture, détaché des contraintes de calendrier et de livraisons. Dans ce projet, la biodiversité est traitée comme un programme en soi, au même titre que l’école. Tel un écosystème, l’équipement devient le milieu dans lequel fusionnent ces deux mondes. La volonté d’aboutir à un ensemble homogène a conduit à travailler la continuité entre le végétal et l’humain en créant un organisme expérimental qui évolue aussi en un outil pédagogique.

 

La conception d’un mur de blocs de béton «colonisable» a donné lieu à un profond travail d’expérimentation. Aujourd’hui, le mur conçu en partenariat avec le bureau d’étude en écologie Biodiversita prend vie, et accueille déjà la faune et la flore. L’« écorce » du projet de Boulogne, que forme le mur habité, est constituée de blocs de béton préfabriqués. Empilés en quinconce, ils fractionnent le mur en milliers d’arêtes, de brèches, de surplombs, d’anfractuosités… Cette disposition multiplie les orientations et les situations, favorisant la colonisation par les différentes espèces attendues sur le site. Les blocs ont deux textures différentes. La face visible est d’aspect lisse, poli, elle réfléchit la lumière. Les autres faces sont sablées et font apparaître les granulats irréguliers du béton, fabriquant ainsi une paroi de concrétions, rugueuse et accidentée. Démultipliant les surfaces d’échange avec le milieu extérieur, des cannelures en faces supérieure et latérales canalisent l’eau et offrent un terrain favorable au développement de la végétation, tout en évitant au maximum le ruissellement sur la face visible.

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