Surface d’échange

Foyer de jeunes travailleurs et crèche, Porte des Lilas Paris (20e)

À la manière de petites «géographies», certains édifices entretiennent avec le monde extérieur une relation très forte dont l’expression est révélée par leur matérialité. Leur enveloppe, envisagée comme une surface d’échange, confère au projet sa cohérence et son identité. La façade n’est alors plus considérée comme un tableau en deux dimensions mais comme une peau épousant les dynamiques et les complexités d’un bâtiment.

Ces effets émanent de l’intérieur (les usages) comme du site (le rapport à un environnement), et le matériau mis en œuvre doit pouvoir témoigner de ces relations. Son utilisation sur l’ensemble des faces d’un édifice est une solution qui nous semble souvent pertinente car elle produit une homogénéité physique, presque charnelle avec la volumétrie. Le bâtiment s’adresse ainsi à l’ensemble de son environnement, toutes ses orientations étant considérées comme principales (il n’y a pas d’avant, pas d’arrière). Cette continuité géographique est fondatrice de l’identité du projet. Nous travaillons peu de matériaux différents sur chaque projet, car cela permet d’en accentuer les intensités. Qu’il s’agisse de brique, de béton, de métal, ou de verre, chaque matière est considérée comme signifiante et ses propriétés sont explorées dans tout leur éventail d’expressions.

Groupe scolaire Rosalind Franklin et résidence étudiante, Ivry sur Seine (94)

La brique des Lilas est tectonique, elle raconte l’émergence d’un relief urbain en relation avec l’environnement du périphérique, de la proche banlieue, des HBM. Le métal à Ivry est décliné sous toutes ses variantes, du brise-soleil vertical au métal déployé horizontal des auvents en passant par la mantille de la résidence étudiante.

Le zinc choisi pour l’équipement de Moulins, à Lille, est utilisé pour sa polyvalence et sa texture: couvrant murs, toitures et débords, il s’ajuste à tous les espaces et scande les volumes par des pliages qui soulignent les diagonales, reliant un programme à l’autre. Le rythme irrégulier des joints debout souligne, par un effet de contraste graphique le velouté des reflets de zinc aux tons brun chaud, dont la teinte fait écho aux briques rouges du quartier Lillois. Muni de cette peau sensible, le bâtiment s’organise sous la forme d’un ruban continu, disposé autour d’une cour centrale.

Dans le groupe scolaire réalisé à Fresnes, l’ensemble des espaces extérieurs et des façades en rez-de-chaussée est enveloppé d’une paroi ajourée comme une dentelle animée de figures fugaces. Cette fine membrane de béton fibré délimite l’équipement et l’espace publique dans un rapport presque dématérialisé. Les vides et les pleins révèlent les cours, mais projettent également leurs ombres à travers les panneaux verriers de la salle de sport.

Cette paroi est à la fois ce qui enclot et préserve, et ce qui rend possible l’interface entre intérieur et extérieur. Ni clôture ni façade, elle exprime la relation du bâtiment à son environnement, en proposant des porosités ludiques entre la rue et les espaces de récréation.

Télécharger