Paysage habité

À travers notre volonté d’imaginer la ville comme un vaste milieu vivant, nous concevons des projets qui cherchent une relation harmonieuse avec le contexte et le paysage urbain. Appréhender un projet d’architecture comme faisant partie d’un paysage, c’est se placer vis-à-vis d’un lieu, dans une perception beaucoup plus large, à l’opposé d’un bâtiment conçu comme un objet solitaire. Dans cette perspective, et surtout à partir d’une certaine échelle, un bâtiment peut s’envisager comme une géographie, c’est un paysage habité…

Cette conception induit un point de vue et une position: le bâtiment s’installe dans la ville comme une partie d’un tout. Il est pensé depuis le point de vue des usagers et des riverains dans une perspective à la fois proche et lointaine. Il fait partie d’un ensemble complexe qui intègre différents éléments du territoire: son échelle, sa formation, son histoire. Il est partie intégrante d’une sédimentation en cours.

Batignolles
L’immeuble de bureaux conçu dans le quartier des à Batignolles, à Paris 17e se base sur une réflexion topographique à l’échelle de la ville: positionné à l’aplomb du vide créé par le faisceau des voies de la gare Saint-Lazare, il participe à l’effet de coupe géologique de cette partie de la ville. À cet endroit, Paris présente un paysage accidenté, un relief, des profondeurs et de vastes espaces vides. Cette géographie urbaine, sorte d’accident morphologique de l’anthropocène, inspire les variations volumétriques du bâtiment. Constitué d’un plan «en ruban», il offre aux rails, à la rue et au parc une façade ouverte en réponse à ce contexte de grand paysage. Ainsi, à la manière du ruban de Möbius, les espaces extérieurs et intérieurs s’entremêlent sur toutes les faces du bâtiment, offrant une fluidité d’usage et une continuité visuelle depuis les extérieurs, du rez-de-chaussée jusqu’à la toiture.

Bureaux et commerces, ZAC Clichy Batignolles, Paris (17e)

Tafanel
Situé face à l’équipement culturel du Centquatre et enserré entre le jardin d’Éole et les voies de la gare de l’Est, le pôle logistique de la société Tafanel est conçu comme un paysage artificiel composé d’une grande nappe plissée formant une succession de sheds aux directions changeantes. Côté rue, une façade frontale et linéaire sur 450 mètres de longueur se pose en vis-à-vis du bâti existant. Elle se compose de verre armé auquel se superpose une peau d’aluminium anodisé. Cette stratification, dont un mur aveugle préexistant, support d’art urbain, constitue la première couche, devient un miroir changeant qui reflète la ville et les évolutions de la lumière. Côté voies SNCF, le rythme de la toiture est cadencé par les plis qui redescendent en façade, multipliant l’effet d’accélération/décélération et offrant une vision cinétique aux voyageurs.

Pôle logistique et bureaux Tafanel, Paris (19e)

Par sa présence géographique, le bâtiment-paysage est aussi celui qui propose une relation à son environnement de l’ordre du rayonnement: il est généré par le contexte et influe réciproquement sur lui, dans un mouvement d’interaction. Le bâtiment-paysage porte son environnement immédiat et le transforme.

Moulins
Le site du collège Moulins à Lille, se trouve sur une parcelle d’angle longeant le boulevard d’Alsace et la rue d’Arras, face au métro aérien. Cette situation appelle une réflexion sur la perception de l’équipement depuis les différentes échelles de l’espace urbain.

Collège Moulins, complexe handisport et pôle culturel, Lille (59)

Une première approche correspond à l’échelle du bâtiment perçu au loin – ses masses, ses toitures –, dans une vision plutôt furtive. Vue du métro aérien, ou des bâtiments alentour, la partie supérieure de l’ensemble est traitée comme un développement continu, jouant avec la topographie volumétrie de ses masses. Les éléments du programme sont clairement identifiables: le collège, la salle de sports, l’internat, la salle d’orchestre. Cette géographie est unifiée par une peau souple, en zinc prépatiné, qui épouse les formes de chaque volume tout en créant un signal urbain emblématique, pour l’équipement comme pour le quartier.

Une deuxième approche, plus locale, est celle du rapport entre le quartier et l’équipement: elle se réfère au point de vue du piéton, dont les regards se portent sur le rez-de-chaussée et sur les accès aux différents programmes. Ce premier niveau, poreux, est traité de la manière la plus transparente possible, offrant une profondeur de champ qui permet d’appréhender l’ensemble de la parcelle depuis la rue.

Collège de la PAIX
Le collège de la Paix à Issy-les-Moulineaux est conçu dans une logique cherchant à donner une fonction d’usage à sa propre géographie. La cour de récréation est installée selon une diagonale programmatique reliant les espaces communs (restauration, préau, hall). Cette colonne vertébrale coupe le plan en anneau, faisant apparaître une série d’espaces extérieurs supplémentaires qui sont offerts aux collégiens. Une très grande fluidité des parcours s’instaure, permettant de cheminer librement de la cour de récréation jusque sur le toit, en passant par le CDI, le théâtre, la salle d’arts plastiques, etc. L’équipement devient un lieu d’expérimentation spatiale dans une topographie tantôt végétale, tantôt minérale.

Télécharger